Ce qui se cache vraiment derrière la composition de vos pelotes – 1 : la laine

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Difficile de tenir un blog sur les arts du fil sans parler de la composition de vos pelotes.

Imaginez : vous avez deux pelotes de prix équivalents dans les mains. L’une est composée de coton et de viscose de bambou, l’autre de laine et de polyamide. Laquelle allez-vous choisir ? Savez-vous réellement à quoi correspondent ces noms ? D’où vient ce coton, qu’est-ce que la viscose, est-ce que la laine gratte forcément ?

Pour vous aider à y voir plus clair, nous allons passer en revue ces différentes fibres (celles qui composent vos pelotes) comme la laine ou le coton, leurs types, caractéristiques, lieux et procédés de fabrication dans une série de 3 articles sur le sujet.

Je vais tâcher de vous parler des fibres les plus connues, et vous guider dans le choix -parfois cornélien- auquel vous serez confronté(e) en achetant un pull ou des pelotes.

Pour commencer, sachez qu’il existe trois grands types de fibres : les fibres animales (issues de la tonte ou du pelage d’un animal), et les fibres végétales (issues d’une plante), et les fibres synthétiques (créées par l’industrie chimique).

Pour aujourd’hui, nous allons déjà étudier la laine (donc les fibres d’origine animale -et vous allez voir qu’il y a un paquet de choses à dire dessus !-)

Les fibres animales

La laine (mouton)

 

Laine - le mouton
Coucou !

Il s’agit de la laine la plus commune, celle dont on parle lorsqu’on dit simplement « X% laine » sans autre indication.

Origine

Elle provient de la tonte du mouton. Une fois le mouton tondu, on trie, lave, carde puis file la laine afin de la mettre en pelote.

Logo Woolmark

Le label Woolmark vous garantit que la laine est issue d’un animal vivant et en bonne santé (parce que oui, on peut également utiliser la laine d’un animal mort destiné à la consommation humaine, ou de la laine « recyclée » c’est-à-dire ayant déjà été utilisée).

Elle est produite sur tous les continents (excepté l’Antarctique 😉 ), avec tout de même un important pourcentage provenant de l’Océanie (Australie et Nouvelle-Zélande). On en produit environ 2 millions de tonnes par an.

Propriétés

Il convient de différencier la laine « basique » de la laine vierge et de la pure laine vierge. La laine vierge ne contient que 7% d’autres fibres au maximum, contre 0,3% pour la pure laine vierge. La « pure laine », et le « 100% laine » quant à eux concernent généralement de la laine de moins bonne qualité, comme la laine recyclée ou de second choix, c’est-à-dire n’ayant pas les qualités nécessaires en terme d’aspect et de texture pour obtenir l’appellation de laine vierge.

On utilise la laine pour sa capacité d’isolant thermique : elle retient facilement la chaleur corporelle, à tel point qu’on l’utilise également dans le bâtiment (pour la moquette par exemple). On l’utilise donc fréquemment pour les vêtements d’hiver.

Elle possède une bonne élasticité, mais une fois déformée, elle ne peut plus retrouver sa forme originale (c’est pourquoi on vous demande de sécher vos lainages à plat : pendu sur un cintre, les épaules vont se déformer et vous ne pourrez plus retrouver la forme originale de votre pull…)

Elle absorbe beaucoup d’humidité, ce qui rend les pulls très lourds au sortir du lavage. D’où le séchage à plat : en effet, si vous le suspendez, il se déformera en s’allongeant, tout simplement à cause du poids de l’eau ! Mouillée, la laine a tendance à sentir assez mauvais, odeur qui disparait dès qu’elle sèche, mais qui revient inexorablement à chaque lavage… Chassez le naturel, il revient au galop ! 😀

Elle demande un entretien particulier, avec un lavage à la main ou au cycle laine de la machine à laver, un séchage à plat, et ne se repasse pas, sous peine d’écraser les fibres et de les déformer.

La laine superwash est une laine qui a reçu un traitement chimique spécifique afin de la rendre irrétrécissable et infeutrable. Attention donc si vous achetez cette laine afin de la tricoter puis de feutrer votre ouvrage (comme ici par exemple), ce ne sera pas possible avec de la superwash !

 

Laine feutrée VS laine tricotée
A moins de rechercher cet effet, je pense que vous n’avez pas envie que votre tricot feutre…

Attention également, lors du lavage de la laine superwash, n’utilisez pas d’adoucissant, au risque de transformer votre pull en chiffon à poussières !

Prix

En général, la laine se situe en moyenne gamme. Mais ses prix sont aussi variés que ses qualités : laine mélangée, laine vierge, pure laine vierge… ne sont pas au même prix !

Impact social et environnemental

L’élevage ovin est le plus polluant en terme d’émissions de CO2. 90% des émissions de gaz à effet de serre en Nouvelle-Zélande sont ainsi imputables à l’élevage de moutons. Au cours de sa vie, un mouton produira pas moins de 40 kgs de CO2, soit deux fois plus qu’un bœuf ! Quand on sait qu’il y a actuellement dans le monde pas moins d’un milliard de moutons… Ça fait beaucoup de gaz à effet de serre !

L’élevage intensif provoque également une érosion des sols, car l’alimentation des moutons détruit -localement- la flore. Moins de flore = un sol moins meuble, donc ruissellement de l’eau et érosion des sols.

Enfin, la pollution des eaux par les matières fécales ovines a atteint des seuils critiques dans certaines régions du monde (la Nouvelle-Zélande notamment) ; parce que les déjections de ces animaux leur sert aussi à rejeter le surplus d’antibiotiques/antiparasitaires qu’on leur administre à longueur d’année, et cela finit dans les fleuves/nappes phréatiques, et donc, à terme, dans la mer, les petits poissons et/ou dans votre robinet.

 

La laine d’agneau

 

Laine - L'agneau
N’est-il pas mignon ? ♥
Origine

Aussi connue sous le nom de lambswool (lamb = agneau, wool = laine), il s’agit de la laine issue de la première tonte de l’agneau.

Propriétés

Comme pour les cheveux d’un bébé, le premier duvet de l’agneau est à la fois plus fin et plus doux que celui des adultes.

Elle possède les mêmes propriétés thermiques et absorbantes que la laine de mouton.

On la réserve plus volontiers aux ouvrages destinés aux bébés, car elle ne gratte pas et son rendu, à la fois léger et aérien, confère à ces vêtements une finesse très agréable.

Prix

Vu sa taille, il n’est pas étonnant que l’agneau produise moins de laine que l’adulte. De plus, les fibres obtenues après la tonte sont plus courtes, il faut donc plus de laine d’agneau que de laine vierge pour obtenir un fil de longueur donnée. Ce qui explique que le prix de cette fibre soit plus élevé que celui de la laine de mouton adulte.

Impact social et environnemental

Ils sont les mêmes que ceux de la laine de mouton.

 

La laine mérinos

 

Laine - Le mouton mérinos
Je crois qu’on nous a repérés…
Origine

Cette laine provient de la tonte du mouton mérinos, une race spécifique issue de croisements, essentiellement présente en Australie.

Propriétés

La laine mérinos est fine (3 fois plus que celle d’un mouton normal !), très douce et ne gratte pas.

Elle constitue un excellent régulateur thermique, conservant très bien la chaleur, mais laissant respirer la peau.

Cette laine est bouclée, ce qui donne un aspect assez différent au fil ; la torsade formée par la fibre est horizontale et serrée, alors que celle en laine « normale » est plus inclinée et lâche. Le fil en mérinos est donc plus dense, et, de fait, plus chaud et plus lisse une fois tricoté.

 

Comparatif entre la laine mérinos et la laine vierge
A gauche, vous pouvez voir comme les fibres sont plus fines, plus rapprochées et plus horizontales qu’à droite, où les fibres sont plus épaisses, lâches et inclinées.
Prix

La laine mérinos reste une fibre luxueuse, et cela se ressent dans son prix. L’offre s’étant diversifiée, son prix tend tout de même à baisser. On trouve aujourd’hui des pelotes en mérinos dès 4€.

Impact social et environnemental

Si son impact environnemental n’est pas très différent de la laine de mouton, la laine mérinos soulève une question éthique, relative à la pratique du mulesing. Cette pratique, répandue en Australie, consiste à couper la queue et l’arrière-train du mouton à l’aide d’une cisaille et ce, sans anesthésie. L’intérêt ? Limiter la contamination par les myiases, des mouches qui pondent sous la peau des moutons, et en particulier celle des moutons mérinos, car la trop grande quantité de laine sur leur dos les empêche de se débarrasser des parasites.

En effet, le mouton mérinos est issu de différents croisements destinés à accroître la quantité de laine produite par l’ovidé. Cependant, cette quantité est devenue si importante que l’animal devient une proie facile pour ces mouches qui finissent par le dévorer sur pied. La technique du mulesing a donc été mise au point afin de réduire la mortalité au sein du troupeau.

Cette pratique étant peu voire pas répandue hors de l’Australie, je vous conseille de recourir à des laines françaises (ce que je fais, d’où la précision « mérinos français » sur mes produits), comme la laine Fonty dont la filature est basée dans la Creuse, ou le PUR MERINOS FRANCAIS de Bergère de France. Non seulement vous protégez les moutons de pratiques pour le moins violentes, mais vous soutenez nos éleveurs (cocorico !) : un petit pas pour vous, un grand pas pour les moutons !

 

Le cachemire

 

Laine - La chèvre cachemire

Origine

Cette laine est issue du peignage de la chèvre cachemire au printemps. Afin de résister aux températures extrêmes de le province du Kashmir, dans la région de l’Himalaya (dont ces chèvres tirent leur nom), elles se parent, l’hiver venu, d’un duvet de poils fins et souples qui vient doubler leur toison d’été.

95% de la production mondiale vient de la République Populaire de Chine, de la Mongolie inférieure exactement.

On en produit environ 15.000 tonnes par an dans le monde (soit 140 fois moins que de la laine de mouton).

Propriétés

Ses poils sont extrêmement fins et légers. Ainsi, une chèvre produit seulement 150 grammes de laine par an (contre 2 à 8 kgs pour un mouton !).

Cette laine est douce, duveteuse, soyeuse et très chaude.

Idéale pour les pulls fins d’hiver, elle permet d’obtenir des vêtements d’une grande qualité.

Prix

Bien qu’on en trouve à tous les prix, surtout au niveau des vêtements du commerce, le cachemire est une fibre de luxe. Pour profiter de toutes ses qualités, il faut y mettre le prix. J’ai des pelotes de 25g de 95% cachemire à 15€ la pelote qui GRATTENT, si, si, je vous assure ! Bien entendu, le prix n’est pas le seul critère, le mieux reste encore de toucher la pelote. Une pelote à majorité de cachemire est chaude, moelleuse, légèrement duveteuse et surtout très douce.

Impact social et environnemental

L’élevage de plus en plus intensif des chèvres, dû principalement à la demande croissante des dernières années, a provoqué la désertification des plaines de Mongolie, qui entraine une augmentation des vents de poussière se répandant sur la région de Pékin depuis plusieurs années maintenant.

Une fois encore, sachez qu’il existe des élevages de chèvres cachemire en France, une bonne occasion d’encourager notre agriculture !

 

L’angora et le mohair

 

Laine - Le lapin angora
Laine - La chèvre angora

  

Origine

L’angora est obtenu à partir des poils du lapin angora, tandis que le mohair est obtenu à partir de la tonte de la chèvre angora.

Propriétés

Ces deux fibres produisent des fils duveteux, légèrement poilus et gonflants.

Elles ont des propriétés thermiques importantes, garantissant une bonne conservation de la chaleur, mais, grâce à la présence d’air entre les fibres, elle conserve également une fraicheur agréable pour la mi-saison.

Toute douce, elle confère un aspect très reconnaissable aux ouvrages réalisés dans cette laine.

Prix

C’est une fibre assez chère, entre 7 et 10€ la pelote, sachant qu’on la trouve rarement non mélangée.

Impact social et environnemental

Si le mohair est obtenu à partir de la tonte des chèvres, l’angora est quant à lui obtenu par épilation du lapin vivant. Cet acte a lieu tous les 3 mois, sans anesthésie, laissant l’animal nu (y compris l’hiver), blessé et apeuré, c’est pourquoi j’ai choisi de ne pas utiliser d’angora dans mes créations.

 

L’alpaga

 

Laine - L'alpaga
Ne vous retournez pas, je crois qu’il y en a un qui nous regarde fixement…
Origine

Cette laine est obtenue par la tonte de l’alpaga, un cousin des lamas, le plus petit représentant de la famille des camélidés (oui, oui, camélidé, comme les chameaux !). Il en existe 2 races : les huacayos, dont la toison ressemble à celles des moutons, et les suris, dont la toison forme des mèches ressemblant à des dreadlocks (comme les cheveux de Bob Marley)

On trouve maintenant des élevages dans le monde entier, y compris en France, mais la production mondiale vient essentiellement d’Amérique du Sud.

On en produit 5.000 tonnes par an à travers le monde (soit 3 fois moins que le cachemire, et 420 fois moins que la laine).

Propriétés

C’est une très belle laine, plus douce, plus fine et plus légère que la laine de mouton. Son cahier des charges est très strict, et basé sur de nombreux critères, comme l’uniformité de la toison de l’animal, la finesse du poil, son ondulation, sa brillance, sa densité et sa longueur.

Elle est idéale pour les personnes allergiques à la laine. Pourquoi ? Parce que l’élément allergisant de la laine de mouton, la lanoline, est totalement absente de la laine d’alpaga.

Il s’agit de la laine que je préfère. Elle est à la fois extrêmement légère, bien chaude, et très agréable à tricoter.

Les coloris naturels de l’animal offrent une dizaine de teintes différentes, allant du blanc au noir, en passant par le gris et différentes teintes de marrons, ce qui limite l’utilisation de teinture aux coloris fantaisie.

Prix

L’alpaga ne produit que 2 à 3 kgs de laine par an, ce qui rend sa laine à la fois rare et précieuse. C’est une fibre haut de gamme, et son prix s’en ressent. Compter environ 7,5€ par pelote.

Impact social et environnemental

Les conditions d’élevage de l’alpaga empêchent, pour le moment, des élevages trop intensifs. En effet, ce sont des animaux relativement exigeants, en terme d’espace et de nourriture, éléments qui influent sur leur production de laine et la qualité de celle-ci. Grosso modo, si sur un même espace vous mettez 2 alpagas, vous obtiendrez sans doute la même quantité de laine qu’en en mettant 5. Eh oui, il est comme ça l’alpaga, il aime les grands espaces et les pâturages.

L’attrait récent pour cette fibre a entrainé la création de nouveaux élevages dans les pays développés qui ont misés sur l’écologie afin d’en faire une fibre encore plus exceptionnelle.

L’alpaga, et plus encore son cousin le lama, peuvent être utilisés comme gardien de troupeau, à l’instar des chiens de bergers, ce qui explique qu’on le trouve souvent dans des élevages mixtes, un lama pouvant garder jusqu’à 400 ovidés. (Babe peut aller se rhabiller !)

 

La soie

 

Cocon de bombyx du mûrier

Cette fois, nous quittons la laine à proprement parler, et le monde des bêtes à quatre pattes pour découvrir le monde fascinant de la sériciculture (entomophobes, vous pouvez quitter la page dès maintenant… 😉 )

Origine

Le fil de soie est obtenu à partir du cocon que forme le ver à soie avant de se transformer en papillon. La soie d’élevage est obtenue grâce à la chenille du bombyx du mûrier, tandis que la soie sauvage est obtenue grâce au ver à soie Tussah.

La Chine et l’Inde sont les plus grands producteurs mondiaux, bien qu’il existe des séricicultures dans le monde entier.

On produit 150.000 tonnes de soie par an à travers le monde.

Propriétes

La soie est surtout recherchée pour sa brillance, due à sa structure en forme de prisme qui reflète la lumière sous tous les angles.

C’est une fibre résistante malgré son apparente fragilité, mais elle craint l’humidité.

Légère et très douce, on la porte souvent à même la peau (foulards par exemple).

Elle demande un entretien très exigeant : lavage à la main et l’eau froide, séchage naturel, mais surtout pas au soleil (il la fragilise et la ternit).

On la trouve souvent mélangée à d’autres fibres, en raison de son prix, mais également de son entretien.

Prix

Il s’agit d’une fibre très coûteuse. Sur les marchés internationaux, la soie s’échange en moyenne pour un montant 20 fois supérieur à celui du coton (soit 28$ le kilo).

Comme on la trouve souvent mélangée à d’autres fibres, les pelotes contenant de la soie restent le plus souvent à des prix raisonnables, bien qu’élevés.

Impact social et environnemental

Le procédé par lequel on passe du cocon à la soie n’utilise que très peu les solvants chimiques, qui de toute façon endommagerait la fibre.

Mais il faut savoir que pour recueillir la soie, il faut tuer le ver qui l’a produite, et qui est caché à l’intérieur. Pour 1kg de fil de soie, il a fallu entre 8 et 10kgs de cocons, soit autant de chenilles.

Des industriels ont travaillé sur la soie artificielle au début du XXème siècle afin d’éviter cette mortalité, mais la fibre obtenue ne présentait pas les mêmes caractéristiques que la soie naturelle, et a donc été rebaptisée « rayonne » en 1934.

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